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L’AESH : un ange gardien discret et efficace

Depuis 2022, le MCF finance la prise en charge d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH) au sein d’écoles hors contrat. Véronique Toussaint est ainsi devenue l’AESH de Jean-Armand, souffrant d’un retard et de troubles du langage. Nous vous faisons découvrir plus concrètement cette fonction discrète mais si précieuse pour ces enfants atteints de déficiences intellectuelles ou d’autres handicaps.

Bonjour Véronique Toussaint : comment êtes-vous devenue l’AESH de Jean-Armand ?

Je suis maman de 7 enfants, et j’habite dans l’Est, près de l’école de l’Étoile du Matin (57), comme la famille de Jean-Armand. Nous nous connaissions par la paroisse et par l’Armée. Le directeur acceptait d’inscrire leur fils, qui devait rentrer en CP, avec le soutien d’une AESH pour l’aider en classe. Les parents de Jean-Armand se sont tournés vers moi. N’ayant plus de bébé à la maison, je voulais apporter de l’aide à la religieuse qui s’occupait du CP. C’est un hasard de circonstances qui m’a fait prendre cette fonction d’AESH : j’ai donc commencé en septembre 2022.

Comment cela se passe-t-il concrètement en classe ?

La première année, Jean-Armand a suivi les leçons avec les autres enfants et j’étais assise à côté de lui pour passer à l’application. Mais vers la Toussaint, Jean-Armand a manqué une semaine de classe pour des raisons de santé et cela l’a fait perdre pied. À partir de là, je sortais de la classe le matin, pour faire à son rythme les exercices de français et de calcul. L’après-midi, il restait en classe avec les autres pour l’Histoire, les sciences, le chant...

Cette année, Jean-Armand redouble ; c’était nécessaire avant d’envisager de passer en CE1. Nous suivons à nouveau les leçons avec les autres !
 

 
Avez-vous suivi une formation avant de devenir AESH ?

Je n’ai pas suivi de formation, cela s’est fait naturellement. Jean-Armand a un handicap léger, avec un suivi assez facile pour une maman. C’est un peu comme aider son enfant à faire ses devoirs. Il est gentil et obéissant ; il est très content d’apprendre à l’école, de réussir.

Avez-vous des exemples d’aides que vous pouvez apporter à Jean-Armand ?

Je concentre son attention sur ce que dit la maîtresse et quand il faut passer à l’exercice, s’il est un peu perdu, je lui indique où écrire, je lui répète les consignes ou je l’aide à se corriger : « Regarde Jean-Armand, c’est trop gros ici ». Il a tendance à se distraire : s’il doit se lever pour aller au tableau, il est perdu en revenant. Je l’aide donc à se remettre au travail, je lui prépare son matériel pour ne pas perdre de temps.

Avec la nouvelle maîtresse, la méthode en français est « Jean qui rit ». Cela plaît beaucoup à Jean-Armand car on chante quand on apprend la lettre. On tend le bras et on fait la lettre en énorme, en chantant. Cela rend la chose concrète ! Il y a encore trois ans, Jean-Armand ne parlait pas mais il chantonnait. Je me rappelle d’un exercice de graphisme où il y avait un escalier à reproduire. C’était difficile pour lui de faire cela. Alors je l’ai fait avec lui en fredonnant un air qui montait de plus en plus. Cela l’a séduit et l’a beaucoup aidé !

Pour le calcul, notamment les problèmes, on reprend ensemble et j’utilise si nécessaire boulier, réglettes avec des carrés, bâtons, euros, dés... La nouvelle maîtresse a apporté beaucoup de matériel pédagogique pour toute la classe !

En classe, comment vous organisez-vous avec la maîtresse ? Et avec la famille ?

En début d’année, la maîtresse m’avait indiqué : « si cela ne va pas, c’est moi qui fais la remarque. Si ça continue, vous prenez la relève ». J’échange ensuite avec la maman et parfois il se trouve que Jean-Armand a passé une mauvaise nuit et on en discute. Mais c’est très gérable. L’an dernier j’avais un cahier de liaison et j’écrivais systématiquement ce que j’avais fait et le comportement de son fils. « Nous avons vu un nouveau son », « Avec le boulier, nous avons vu la dizaine », « Jean-Armand avait l’air fatigué ». Comme cela, sa maman savait ce que j’avais fait et je l’appelais si besoin. Cette année, la maîtresse tient le cahier de liaison et écrit s’il y a un problème. La maman me prévient des choses importantes, par exemple quand le papa part en mission.

Comment cela se passe-t-il avec les autres enfants ?

Cette année, en redoublant, Jean-Armand se souvenait bien des leçons de début d’année, il était comme tout le monde, voire même il savait des choses que les autres ne savaient pas. Il était content, fier, et réapprenait avec plaisir. Encore maintenant, avec les sons « OIN », « ION », « GN » il suit très bien, au rythme de la classe. Jean-Armand est très bien intégré ! À la récréation, il joue, il se fait des amis. L’an dernier, il avait du mal à shooter, il tapait à coté, mais cette année c’est parti ! Il est drôle, il a le goût de l’aventure. À midi il déjeune à la cantine et je ne suis pas là.

Ce qui est bien pour lui, c’est qu’il est heureux d’être au même niveau que tout le monde. Le lundi de Pâques, il a fait sa première communion après avoir suivi sa préparation avec les autres. Pour lui, c’était magnifique !

Avez-vous pu voir des progrès ?

Chaque pas que Jean-Armand fait est formidable ! Quand on pense qu’il y a trois ans, il ne parlait presque pas ! Quand je n’étais pas sûre, je lui disais et lui demandais : « Est-ce que tu veux me dire ça ? » «Ou ça ?» « Essaie de trouver un autre mot pour me dire ». Par exemple, « locomotive ». Alors on tapait des mains cinq fois pour dire chaque syllabe. Et maintenant c’est parfait !

Il travaille bien sûr beaucoup le soir avec sa maman. Cela lui a permis de progresser en apprentissage oral, ce qui était loin d’être évident en début d’année. Il nous surprend quelques fois ! Il y a peu de temps, les CP ont vu le nom et le verbe. Et Jean-Armand détecte tous les verbes ; il a très bien compris et vite ! Aujourd’hui il sait lire, écrire, il sait faire des petites rédactions, il a vraiment le niveau de sa classe. Quand on sait d’où il est parti ! Chaque jour est un nouveau jour où il apprend, il découvre, il progresse.

 

Date de publication : 07/05/2024